Jour du départ:

Je me fais discrète. Réception et festin au Sabtuan. Familles et amis sont venus dire au revoir aux marcheurs. Mes amis sont là aussi. Prière émouvante par le père de Kenny Loon.

Et puis, c’est le grand départ. Je porte la magnifique veste traditionnelle de Mary Voyageur, les cache-poignets d’Érika, mes raquettes fabriquées par George Longchap, le traineau et la pelle de Charlie, le collier de mon fils, le foulard de Magali, pour mon journal, le signet de loulou, les mocassins offerts par Mary Jane, et une foule d’autres objets donnés ou prêtés par mes amis.

Je jongle maladroitement avec mon matériel; caméras, micros, traineau, pelle à neige, sangles, mitaines et cordons… tout se mélange. Quelques ajustements et ca va mieux. Je voudrais être devant la filée, derrière et dedans à la fois. Faut choisir. Capter le beau et l’essentiel.

Tout va très vite. Je dois pédaler pour ne rien manquer de ces moments importants. Nous arrivons au Lac. Après 30 minutes de marche, je suis dans ma bulle, et vlan! Je prends soudainement conscience que mon rêve est entrain de se réaliser. Moment de bonheur débordant et de reconnaissance intense. Le paysage me remplit de joie et me transporte jusqu’au lieu de repos; site du gathering traditionnel d’été.

Ce premier voyage est court, vu le départ tardif. Nous logerons dans les camps du Gathering déjà montés. Glisser les bagages, fendre le bois, chauffer le poele et faire connaissance. Il y a 4 jeunes filles de 18-19 ans, deux femmes ainées et le reste entre 29 et 55 ans. Tout le monde est réservé, affairé à occuper l’espace de leur logis d’un soir.

saying goodbye
saying goodbye
depart from sabtuan
depart from sabtuan
sam and leslie
sam and leslie
group leaving mistissini
group leaving mistissini
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La vie sous la tente

21snowshoes

La vie dans les tentes

Il y a 4 tentes prospecteur, je partage celle de la famille de Kenny et Charlotte Loon, les guides du voyage. Nous sommes quatre, Maggie, leur fille de 18 ans, est avec nous. La nôtre est beaucoup plus grande, (16×20) puisqu’elle sert de lieu de réunion pour les prières avant le départ, les cercles de partage, les festins, l’accueil des skidoo men.

Kenny et Charlotte ont l’habitude de ce genre de voyage et vie en forêt. Ils arrivent tout juste d’un autre journey à LG2 avec les jeunes des centres services sociaux. Ils en ont vu d’autres. Il y a 5 ou 6 guides pour ce genre de voyage traditionnel à Mistassini, ils sont de ceux-là!

D’abord, c’est une adaptation, je vis avec une famille, un noyau tissé serré, de l’amour qui déborde… Défi pour l’alimentation (tout est différent de mes habitudes) se changer, se laver, aller au toilettes, prendre ma place dans la cuisine, l’apprentissage de toutes les tâches quotidiennes qui sont plus qu’évidentes pour eux. J’ai souvent l’impression de tout faire tout croche. Pour quelqu’un d’autonome et débrouillarde comme moi, ce n’est pas évident… mais bon, je mets l’égo de côté et ca va. Suffit de me rappeler que c’est un immense cadeau de la vie que de pouvoir partager tout cela et de recevoir ces enseignements précieux. Gestes, paroles, actions, habitudes, façon de faire, manière… tout est basé sur une logique longuement éprouvée par des siècles d’adaptation à la vie en pleine nature sauvage et impitoyable. Apprendre l’économie d’énergie, rapidité et efficacité, bien faire les choses pour ne pas recommencer. La vie des Cris en dépendait.

J’admire et j’apprends!

Le choix de l’emplacement pour la tente. On aurait tendance a choisir un endroit dégagé, et pourtant, il est beaucoup plus logique de nettoyer les branches et entasser la neige profonde (isolation) dans un endroit choisi au milieu des arbres afin de profiter de leur proximité pour les faire tomber directement sur le site de la tente et éviter le transport des arbres. On est aussi à l’abri du vent glacial entouré d’arbres.

Comment faire des nœuds faciles à défaire… Il y a des nœuds partout sur les tentes, les traineaux, les boîtes en carton pour la nourriture… Comment débiter les troncs pour ne pas laisser de branches, ramasser les branches d’épinettes et de sapin, (casser par en haut, les ours cassent les branches par en bas, c’est un indice de lieu d’hibernation) les entasser correctement et les transporter sur un petit tronc de sapin préalablement ébranché sauf 3 branches a la base ! La façon de placer le sapinage au plancher est importante.

Apprendre à préparer les appâts pour la pêche (night line) et comprendre la fastidieuse pêche au filet. Préparer la viande pour la cuisson sur bâton sur le feu. (Apaun)

Cuisiner la bannique, fendre le bois, renflouer la tente de neige pour assurer l’isolation, poser des collets à lièvres, réparer mes raquettes brisées, construire une table, réparer mes sacs de voyage décousus, et plus…. et tout cela, en filmant le plus possible…

Planification de la prochaine journée de marche
Planification de la prochaine journée de marche
Un des nombreux sites de campements sur le bord du Lac Mistissini
Un des nombreux sites de campements sur le bord du Lac Mistissini
Charlotte prépare un pain bannique
Charlotte prépare un pain bannique
Jerrica cuisine des beignes frits au bleuets "deglep"
Jerrica cuisine des beignes frits au bleuets
« deglep »
Kenny installe un "night line"
Kenny installe un « night line »
Mamma Sophie cuisine des crêpes
Mamma Sophie cuisine des crêpes au dernier campement, site du gathering estival (camps en bois et toile)
Cuisson de la viande d'orignal sur le feu
Cuisson de la viande d’orignal sur le feu
Festin pour la fête de Kenny
Festin pour la fête de Kenny

Journey of Wellness – Retour du Grand Blanc – Journal – Première page

Ici:

Mettre la clé dans la serrure, mettre le chauffage au max, prendre la route à toute vitesse vers le sud, faire 900 km en 9 heures, écouter la radio, se faire servir au resto, mettre la clé dans la serrure, ouvrir la lumière, mettre le chauffage au max, tirer la chasse, ouvrir le rond pour chauffer de l’eau, mettre de la musique, charger le téléphone…

Check les emails : 150 messages – demain peut etre!

2 jours plus tard, les bagages sont toujours pas défaits, sauf la douillette en duvet d’oie. Je ne peux plus m’en passer.

Bizarre, j’ai pas le goût de voir personne, sauf ma fille. Trop d’émotions, trop plein de beauté, de silence, de souvenirs que je ne veux pas gâcher, souiller de tout ce bazar étourdissant.

Je repars vers le silence pour quelques jours. C’est précieux.

Là-Bas:

La neige craque sous les raquettes, je marche vite à -38. Le vent agresse mon visage du coté droit, tourne la tête, un mur avec la grosse mitaine en peau d’orignal. Ca va! Pour le reste, j’ai trop chaud, faut ouvrir un peu la chemise de chasse en haut. J’avance en me saoulant du blanc qui est partout, sauf quelques petites lisières d’épinettes noires au devant, et du coté caché par la mitaine, il y a la rive, encore des épinettes, des traces de perdrix, de lièvres, une forêt qui m’invite sans cesse à découvrir ses trésors cachés. Mais bon, je marche… je tire mon traineau, ma pelle à neige, ma caméra, mon thermos de thé et mes précieuses collations.

En après midi, j’arrive au site de campement. Kenny y est déja, sa femme aussi. Le chien se repose sur un tas de branches de sapin, ils ont déjà commencé à taper la neige où on montera la tente. Je veux une pause, mes jambes me font mal. Thé, viande et fruits séchés, bannique du matin, 10 minutes bien méritées.

On écrase la neige sans raquettes, pour bien tasser, 3-4 pieds de neige molles sur 20 pieds par 20 pieds, ca réchauffe. On égalise le tout en raquette, Kenny fait tomber les arbres (épinettes noires )un a un. On coupe les branches du tronc à la hache pour se faire un plancher isolant. Tous les troncs sont mis de côté pour fixer la tente, faire des pôteaux, pôle du centre, séchoir à linge, chandelier, le banc de toilette… 1 à 2 heures plus tard, on monte la tente, installe le poêle à bois, fend du bois, part le feu, creuse la glace (2-3 pieds) pour chercher de l’eau, prépare le thé, on va chercher du sapinage pour un plancher plus doux. Charlotte nous fait un magnifique salon cuisine de luxe, au parfum inimitable, on se remet au traineau pour transporter nos bagages du lac à la forêt, on déploie matelas et quelques couvertures… Et c’est enfin la pause avant la préparation du souper. Il est déjà 5 heures, et la lumière commence à tomber. 8 heures, tout le monde dort…

arrivée au sabtuan.

arrivée au sabtuan.
départ de mistissini
départ de mistissini
Départ
Départ
preparation du plancher
preparation du plancher
cueillette des branches de sapin
cueillette des branches de sapin
fendre le bois
fendre le bois
plancher de luxe
plancher de luxe
chercher l'eau
chercher l’eau